6. LE DIAGNOSTIC ET LA LUTTE CONTRE LES MALADIES ET PARASITES

La lutte contre les maladies et parasites de l’abeille est primordiale. Cela suppose des activités de dépistages et de possibles interventions tout au long de la saison apicole (Tableau 6) pour éviter que les maladies et infestations parasitaires ne menacent la santé des colonies. Il ne faut pas non plus perdre du vue que les effets de la plupart des maladies et parasites peuvent être aggravés par des conditions telles que le stress, la dérive ou le pillage et que certaines pratiques telles que l’échange de matériel entre colonies peuvent favoriser leur propagation. Ainsi, pour amenuiser leurs effets néfastes, l’apiculteur se doit d’adopter les pratiques appropriées

Il importe aussi de favoriser le principe de la lutte intégrée contre ces maladies et parasites en utilisant ou en alternant plus d’un outil de contrôle, parmi les moyens physiques, biologiques et chimiques (traitements médicamenteux avec produits de synthèse disponibles). On limite ainsi l’usage de produits chimiques et les problèmes de résidus ou de résistance pouvant y être associés.

Afin d’obtenir de l’aide pour toute problématique de santé affectant leurs colonies d’abeilles, les apiculteurs du Québec peuvent contacter le médecin vétérinaire ou l’inspecteur apicole du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) de leur région. Leurs services, offerts gratuitement, peuvent inclure une éventuelle visite du rucher pour effectuer le diagnostic des problèmes sanitaires, la prise d’échantillons pour fin de diagnostic en laboratoire, de même que des recommandations de traitements, s’il y a lieu. Toute problématique d’ordre sanitaire des abeilles (exemple : dépérissements ou taux de mortalité important) peut également être déclarée à l’un des membres du réseau sentinelle apicole.

Les descriptions des maladies et des parasites présentées dans ce chapitre sont sommaires et l’apiculteur peut devoir consulter d’autres sources d’informations spécialisées sur le sujet pour en avoir une parfaite compréhension.

Pour connaître les noms des médecins vétérinaires et des inspecteurs apicoles du MAPAQ de chaque région agricole, ainsi que des membres du réseau sentinelle apicole, visitez le www.mapaq.gouv.qc.ca/abeille
Pour plus d’informations sur les maladies et parasites qui affectent l’abeille, consultez les sites suivants : www.agrireseau.qc.ca/apiculture/default.aspx ou www.mapaq.gouv.qc.ca/abeille

Tableau 6. Quelques éléments importants de la gestion sanitaire des ruches

Tout au long de la saison de production

 

Procéder à l'évaluation régulière des ruches avec ouverture et examen facultatif du couvain (Figure 9)

Début de la saison

  • À la fin de l’hiver ou au printemps, procéder à des prélèvements d’abeilles pour le laboratoire afin d’évaluer la présence de nosémose ou d’acariose.
  • Application possible, si justifiée par suite de l’établissement d’un diagnostic positif, de traitements contre la loque américaine, la loque européenne, l’acariose, la varroase ou la nosémose

Interventions spécifiques en saison

  • Premier dépistage du varroa deux semaines avant la floraison du pissenlit.
    - Intervention si nécessaire1.
  • Deuxième dépistage du varroa à la fin du mois de juillet.
    - Intervention immédiate si nécessaire1.
  • Troisième dépistage du varroa à la fin du mois d’août (celui-ci est facultatif en ce sens que l’apiculteur aura peut-être déjà pris la décision de traiter ses ruches après le dépistage effectué en août).

Fin de la saison

  • Administration des traitements de fin de saison contre la varroase, débutant au plus tard à la mi-septembre selon les niveaux d’infestation détectés.
  • S’il y a lieu, administration de traitements prescrits pour la loque américaine, l’acariose et la nosémose.
  • Dépistage du varroa au début de novembre afin de contrôler l’efficacité des traitements.
    - Une intervention d’appoint sera alors faite au besoin1.

1. Se référer au calendrier de contrôle de la varroase (Figure 10).

Notes :

Figure 9. Arbre de décision pour le diagnostic des principaux problèmes rencontrés dans les ruches

Les maladies des adultes

La dysenterie

La dysenterie peut être causée par plusieurs facteurs. La lutte contre cette maladie repose essentiellement sur l’application de mesures préventives (Tableau 7), dont le maintien de ruches en santé. Bien que peu fréquente, sa présence dans une ruche peut nuire à la survie de celle-ci si rien n’est fait pour la contrôler.

Tableau 7. Dépistage et lutte contre la dysenterie

DESCRIPTION

La dysenterie occasionne de la diarrhée vers la fin de l’hiver et tôt au printemps. D’origine alimentaire, elle peut être causée par la consommation d’une nourriture trop riche en minéraux (miel d’automne), de sirop fermenté ou mal conservé.

MOMENT ET TECHNIQUES DE DÉPISTAGE

Examen visuel des ruches

Dépôt de matières fécales sur le dessus des cadres de la chambre à couvain et sur la devanture des ruches affectées.

Diagnostic de la condition1

Pour différencier ce problème de la nosémose, prélever à l’entrée de la ruche ou sur la planche d’envol un minimum de 100 abeilles; les placer dans un bocal de 250 ml et ajouter suffisamment d’alcool éthylique ou isopropylique à 70 % (alcool à friction) pour les submerger. Communiquer avec le médecin vétérinaire du MAPAQ afin de pouvoir soumettre l’échantillon au laboratoire.

INTERVENTIONS

Prévention

  • Maintien de colonies fortes et en santé; éviter le stress.
  • Nourriture de bonne qualité à l’automne (éviter le miel d’automne et le sirop à base de sucres qui contiennent trop de HMF, voir page 30).

1. Pour l’évaluation à l’échelle d’un rucher, contacter le personnel d’inspection apicole du MAPAQ afin de définir la taille de l’échantillonnage à réaliser.

La nosémose

La nosémose est une maladie infectieuse du système digestif de l’abeille (Tableau 8). Elle est largement répandue à travers le monde, mais particulièrement en climat tempéré. La nosémose peut entraîner la perte d’un grand nombre de colonies si elle n’est pas bien contrôlée.

Tableau 8. Dépistage et lutte contre la nosémose

DESCRIPTION

Maladie contagieuse causée par deux espèces de champignon microscopique : Nosema apis et Nosema ceranae1. La contamination de l’abeille se fait par ingestion. Nosema se développe dans le système digestif et cause des dommages aux intestins qui résultent en de la diarrhée chez l’abeille. De nombreuses particules infectieuses sont alors excrétées dans les déjections, contaminant ainsi rapidement l’environnement de la ruche lorsque l’abeille y est confinée (hivernage) et propageant dès lors le problème. Cette forme classique de nosémose est habituellement causée par Nosema apis. En ce qui a trait à l’infection causée par Nosema ceranae, l’abeille pourrait être affectée en tout temps de l’année et le désordre digestif ne serait pas nécessairement présent. Nosema peut survivre sous forme de spores plusieurs mois dans le matériel apicole contaminé.

Impacts d’une infection à Nosema:

  • diminution de la longévité des abeilles;
  • diminution de la production de gelée royale et de la capacité nourricière des abeilles (il s’ensuit une diminution du développement du couvain);
  • diminution de la ponte et de la longévité de la reine affectée;
  • perte hivernale de colonies accrue.
MOMENT ET TECHNIQUES DE DEPISTAGE

La maladie causée par Nosema apis est habituellement observée à la fin de l’hiver et tôt au printemps alors que la contamination est à son maximum dans la ruche.

Examen visuel

Dans la forme classique de nosémose : dépôt de matières fécales sur le dessus des cadres de la chambre à couvain et sur la devanture des ruches affectées. On remarquera aussi, devant la ruche, des abeilles traînantes et incapables de voler, leur abdomen pouvant paraître gonflé. Un taux de mortalité anormalement élevé chez les abeilles est parfois le seul symptôme observé.

Diagnostic de la condition

La seule technique valable est le décompte de spores de Nosema à la suite d’une dissection de l’intestin et d’un examen microscopique en laboratoire.

Prélèvement de l’échantillon2

Prélever environ 100 abeilles dans la ruche (il doit s’agir d’abeilles les plus âgées prélevées sur la planche d’envol ou à l’entrée de la ruche); les placer dans un bocal de 250 ml et ajouter suffisamment d’alcool éthylique ou isopropylique à 70 % (alcool à friction) pour les submerger. Communiquer avec le médecin vétérinaire du MAPAQ afin de pouvoir soumettre l’échantillon au laboratoire.

INTERVENTIONS

Prévention

  • Dépistage de la condition au printemps en soumettant des échantillons d’abeille pour analyse.
  • Maintien de colonies fortes et en santé; éviter le stress.
  • Destruction des colonies infectées et trop faibles.
  • Désinfection du matériel (voir page 50).
  • Remplacement de la reine si celle-ci est âgée, pour aider au redémarrage des colonies.
  • Élimination des vieux cadres noircis.
  • Installation des ruches sur un site bien drainé.

Traitement

Un traitement antibiotique avec la fumagilline contre la nosémose est recommandé lorsque les résultats de laboratoire confirment sa présence à un niveau dommageable.

1. Ayant été identifié depuis peu chez l’abeille européenne (Apis mellifera), la nature des problèmes associés à Nosema ceranae est encore mal connue.
2. Pour l’évaluation à l’échelle d’un rucher, contacter le personnel d’inspection apicole du MAPAQ afin de définir la taille de l’échantillonnage à réaliser.

Les maladies du couvain

La loque européenne

Largement répandue au Québec, cette maladie contagieuse qui affecte le couvain n’est pas considérée comme très sérieuse et cause habituellement peu de dommages. Toutefois, combinée à d’autres maladies ou facteurs de stress, elle peut entraîner des dommages plus importants dans les ruchers affectés (Tableau 9).

Tableau 9. Dépistage et lutte contre la loque européenne

DESCRIPTION

Maladie de nature bactérienne. Les signes cliniques peuvent varier selon l’agent infectieux prédominant (Melissoccocus pluton, Paenibacillus alvei, Enterococcus faecalis). Il s’agit d’abord d’une maladie associée à des facteurs de stress, tels que des carences alimentaires, de mauvaises conditions du site (trop humide, par exemple) ou de mauvaises conditions climatiques en général. La maladie est plus fréquente au printemps, mais peut aussi être observée à d’autres moments de la saison.

MOMENT ET TECHNIQUES DE DÉPISTAGES

Examen visuel à l’intérieur des ruches

L’infection affecte habituellement les larves au stade précédant l’operculation. Le cas échéant, on constate la présence de larves jaunâtres ou brunâtres mortes enroulées (en forme de C) au fond des alvéoles. Selon l’agent infectieux prédominant, il est possible que du couvain operculé soit affecté.
Couvain en mosaïque (beaucoup de cellules non operculées au travers des cellules operculées). Pas de signe d’étirement au test du cure-dent.

Diagnostic de la condition

Le diagnostic final est effectué après la soumission d’échantillons pour analyse en laboratoire. Prélever un échantillon consistant en un cadre entier suspect, un morceau de couvain suspect de 100 cm2 (3 po x 3 po) ou un écouvillon de larves/alvéoles atteintes et le réfrigérer. Communiquer avec le médecin vétérinaire du MAPAQ afin de pouvoir soumettre l’échantillon au laboratoire.

INTERVENTIONS
  • Choisir des emplacements bien drainés pour installer les ruches.
  • Traitement non nécessaire lorsque les facteurs de stress sont corrigés.
  • Traitement antibiotique seulement lorsqu’une majorité de colonies est sévèrement atteinte.
  • Élimination des cadres de couvain malade, remplacement des cadres de couvain noircis (il est recommandé d’effectuer le remplacement complet des cadres à couvain sur une période maximale de 5 ans).
  • Remérage (utilisation de jeunes reines au comportement hygiénique).
  • La désinfection du matériel contribue à diminuer la contamination.

La loque américaine

Il s’agit d’une importante maladie du couvain, très contagieuse et qui peut rapidement causer le déclin des colonies d’un rucher. L’agent causal de cette maladie ayant la capacité de développer une résistance face à l’antibiotique utilisé lors d’un traitement, on doit d’abord favoriser la mise en place de plusieurs mesures, autres que médicamenteuses, afin de la contrôler (Tableau 10).

Tableau 10. Dépistage et lutte contre la loque américaine

DESCRIPTION

Maladie bactérienne très contagieuse qui affecte le couvain operculé. Les abeilles adultes ne sont pas affectées mais disséminent rapidement la bactérie lors d’activités de nettoyage du couvain affecté. La bactérie, Paenibacillus larvae, peut persister très longtemps (40 ans et plus) sous la forme de spores dans le matériel apicole infecté.

MOMENT ET TECHNIQUES DE DÉPISTAGES

Examen visuel de tous les cadres de couvain

Idéalement à chaque mois durant la saison, mais au moins deux fois par année :

  • au printemps ou en été : inspecter chaque ruche avant l’ajout de la deuxième chambre à couvain;
  • à la fin de l’été ou à l’automne : inspecter chaque ruche après la récolte du miel.
  • … et inspection à chaque occasion où il y a manipulation du couvain durant la saison. Les symptômes à surveiller sont les suivants :
  • couvain operculé à apparence de mosaïque : les alvéoles affectées sont entourées d’alvéoles vides ou de larves plus jeunes et saines. Leur opercule est concave (affaissé) et perforé; à l’intérieur la larve est en décomposition (liquide gluant et brunâtre);
  • présence caractéristique du signe d’étirement (test du cure-dent) : il s’agit d’introduire dans l’alvéole suspecte la pointe d’un cure-dent, d’une allumette ou d’une brindille. En la retirant, une masse gluante et élastique y adhère et peut s’étirer sans se casser;
  • odeur malodorante du couvain.

Diagnostic de la condition Le diagnostic final est effectué après la soumission d’échantillons pour analyse en laboratoire.
Prélever un échantillon consistant en un cadre entier suspect, un morceau de couvain suspect de 100 cm2 (3 po x 3 po) ou un écouvillon de larves/alvéoles atteintes et le réfrigérer. Communiquer avec le médecin vétérinaire du MAPAQ afin de pouvoir soumettre l’échantillon au laboratoire.

INTERVENTIONS

Colonies peu affectées ou peu affaiblies en petit nombre :

retrait et destruction par le feu des cadres de couvain infectés. Possibilité de regrouper des colonies infectées afin de les isoler des autres ruches.

Colonies très atteintes et très affaiblies :

destruction complète par le feu.

Autres cas :

traitement antibiotique effectué sous ordonnance vétérinaire et/ou transvasement selon le moment de la saison. Brûlage des cadres de couvain des colonies infectées et désinfection du matériel restant.
La désinfection du matériel apicole est un élément essentiel du contrôle de la loque américaine étant donné la grande résistance de l’agent infectieux dans l’environnement et le temps.

Prévention

  • Achat d’abeilles de source sûre, donc saines et au statut sanitaire connu.
  • Lors d’achat de matériel usagé, s’assurer qu’il soit sain et/ou désinfecté.
  • Respecter une distance minimale entre les ruchers voisins dont le statut sanitaire est inconnu.
  • Ne pas nourrir les colonies avec des cadres de pollen ou de miel si on ne peut avoir la garantie qu’ils proviennent de colonies saines.

Le couvain plâtré

Bien que généralement elle ne soit pas très grave, cette maladie du couvain peut représenter un risque plus élevé pour les ruches affaiblies. Elle peut cependant être contrôlée aisément par l’application de diverses mesures préventives (Tableau 11).

Tableau 11. Dépistage et lutte contre le couvain plâtré

DESCRIPTION

Maladie causée par le champignon Ascosphaera apis. Les larves d’abeille, de faux bourdon ou de reine y sont sensibles et l’ingèrent avec la nourriture larvaire contaminée. Le champignon se développe durant le stade larvaire operculé et cause la mort du couvain affecté.

MOMENT ET TECHNIQUES DE DÉPISTAGE

La maladie est présente surtout au printemps et en été (dans un environnement frais et humide).

Examen visuel

  • Présence de trous dans les opercules puisque les abeilles en retirent les larves affectées. Après un certain temps, celles-ci peuvent devenir brunes ou noircies.
  • Présence de larves momifiées et calcifiées (blanches et crayeuses) visibles dans les alvéoles trouées, à l’entrée de la ruche, sur le plateau ou la trappe à pollen.
INTERVENTIONS
  • Aucun traitement possible. La condition se résorbe souvent lorsque les conditions climatiques s’améliorent.
  • Un remérage par une jeune reine peut améliorer la situation.
  • Destruction des cadres contenant un grand nombre de larves momifiées.
  • Maintien des colonies fortes.
  • Éviter la dérive, les échanges de matériel infesté et le stress.
  • Contrôle des autres maladies.
  • Utilisation de reines hygiéniques.
  • Élimination des plus vieux cadres (cadres noircis).

La désinfection du matériel apicole

La désinfection du matériel apicole est une composante essentielle de la lutte contre plusieurs maladies infectieuses telles que les loques, la nosémose, le couvain plâtré et les infections virales. En effet, plusieurs agents pathogènes peuvent subsister plus ou moins longtemps dans le matériel apicole qui devient alors une source de contamination des abeilles et de dissémination des maladies. Par exemple, les spores de la loque américaine peuvent subsister et demeurer infectieuses pendant plus de 40 ans dans du matériel abandonné.

La désinfection du matériel apicole (cadre, hausse, plancher, couvercle, etc.) peut être effectuée de diverses façons selon les besoins de l’apiculteur, les coûts et les résultats escomptés. Les méthodes les plus courantes sont :

Chaque méthode a ses avantages et ses désavantages de même que ses forces et ses faiblesses. Pour plus de détails, les apiculteurs sont invités à consulter des personnes-ressources en apiculture.

Lors de l’exécution des tâches entourant la désinfection, et ce, peu importe le type de produit utilisé, il importe de respecter les exigences des autorités compétentes, notamment en ce qui concerne la disposition des produits utilisés, et de respecter les mesures de sécurité pour le manipulateur.

Le transvasement

Il s’agit d’une manipulation au cours de laquelle la population d’une ruche est transférée sur du matériel neuf ou désinfecté. Elle est utilisée dans des situations particulières pour lutter contre des maladies infectieuses telles que la loque américaine, la loque européenne, la nosémose et le couvain plâtré. Il est nécessaire de garder à l’esprit que le transvasement seul ne permet pas d’éradiquer une maladie comme la loque américaine. Toutefois, bien qu’il n’élimine pas tous les agents infectieux ou leurs spores, le transvasement peut permettre d’en diminuer suffisamment le nombre pour que la maladie ne se déclare pas à nouveau.

Pour le transvasement, l’apiculteur doit prévoir le matériel nécessaire qui sera neuf ou désinfecté : plateau, hausses, entre-couvercle, couvercle et cadres non bâtis. La rigueur dans la préparation et le déroulement du transvasement en assurera son plein succès. Dans certaines circonstances, le transvasement sera associé à un traitement antimicrobien.

Après le transvasement, il est essentiel de procéder à des examens réguliers des ruches ainsi manipulées, afin de surveiller la réapparition de symptômes de loques, de nosémose ou de couvain plâtré.

Le transvasement a pour effet de diminuer la production de miel, mais permet de sauver la colonie.

Les parasites

L’acariose

Apparue au Québec à la fin des années 1980, cette maladie parasitaire contagieuse affecte le système respiratoire des abeilles adultes (Tableau 12). Bien que moins répandue que la varroase, elle peut entraîner des dommages importants dans la colonie si elle prend trop d’ampleur.

DESCRIPTION

Maladie parasitaire de l’abeille adulte causée par Acarapis woodi qui se transmet d’une abeille à l’autre par contact direct. Le parasite infeste les trachées du système respiratoire. L’encombrement qui en résulte cause une gêne respiratoire. De plus, le parasite perce la paroi des voies respiratoires pour se nourrir de l’hémolymphe de l’abeille.

Lorsque présente, la maladie a une prévalence maximale en fin d’hivernage, donc chez les abeilles plus âgées où le parasite a complété plusieurs cycles de reproduction. L’infestation réduit l’espérance de vie des abeilles, leur capacité de voler et d’assurer la thermorégulation de la ruche.

MOMENT ET TECHNIQUE DE DÉPISTAGE

Examen visuel

Les signes cliniques suivants (peu spécifiques) peuvent laisser suspecter l’acariose : nombreuses abeilles traînantes et incapables de voler à l’entrée de la ruche; abeilles ayant des ailes tremblantes ou écartées; mortalité accrue des colonies durant l’hivernage.

Diagnostic de la condition1

Seul le diagnostic en laboratoire permet de confirmer la présence du parasite. Le moment idéal pour détecter ce parasite est la fin de l’hiver ou tôt au printemps.

Prélèvement de l’échantillon :

Prélever sur la planche d’envol ou à l’entrée de la ruche environ 100 abeilles, les placer dans un bocal de 250 ml et ajouter suffisamment d’alcool éthylique ou isopropylique à 70 % (alcool à friction) pour les submerger. Communiquer avec le médecin vétérinaire du MAPAQ afin de pouvoir soumettre l’échantillon au laboratoire.

INTERVENTIONS

Prévention

  • Achat d’abeilles saines; ne pas recueillir d’essaims d’abeilles d’origine inconnue.
  • Le dépistage du parasite est fortement recommandé aux apiculteurs qui ne font pas usage d’acide formique pour le traitement de la varroase.

Traitement

Un traitement (acide formique ou menthol) est recommandé lorsque le seuil d’infestation atteint 10 % et plus. Toutes les ruches du rucher doivent être traitées en même temps. Le traitement à l’acide formique étant à la fois efficace contre la varroase et l’acariose, on utilisera le même protocole de traitement que pour la varroase.

1. Pour l’évaluation à l’échelle d’un rucher, contacter le personnel d’inspection apicole du MAPAQ afin de définir la taille de l’échantillonnage à réaliser.

La varroase

Sans doute le plus important problème sanitaire affectant les abeilles de nos jours, la varroase est une maladie parasitaire très contagieuse causée par un acarien, Varroa destructor. Non contrôlée ou mal contrôlée, elle causera la perte de la colonie. Au Québec, presque tous sinon tous les ruchers sont touchés. Les activités fréquentes de dépistage de la varroase (Tableau 13) et l’application adéquate des traitements (bonne façon de faire et au moment propice) permettent d’accroître les chances de survie des colonies infestées.

Tableau 13. Dépistage et lutte contre la varroase

DESCRIPTION

L’acarien Varroa destructor parasite l’abeille adulte en prélevant son hémolymphe (il peut alors être vecteur de diverses infections virales).

Il infeste aussi les larves et nymphes du couvain. Une infestation sévère entraîne la mort du couvain ou donne lieu à la naissance d’abeilles difformes (exemple : ailes atrophiées), plus petites et dont l’espérance de vie est diminuée.

MOMENT ET TECHNIQUES DE DÉPISTAGE

À certains moments au cours de la saison apicole (référer au calendrier de contrôle de la varroase, Figure 10), il est primordial d’inspecter les ruches afin d’y détecter et évaluer la présence éventuelle de varroas adultes dans le couvain operculé. S’ils sont très nombreux, les varroas sont parfois repérables à l’oeil nu sur les abeilles.

Techniques de dépistage1

Examen du couvain de faux bourdons

Ayant plus d’attirance pour le couvain de faux bourdons, le varroa y sera initialement observé. La technique consiste à ouvrir une centaine d’alvéoles de faux bourdons pour pouvoir déceler un ou des varroas sur la pupe nacrée. Sélectionner une aire de couvain de faux bourdons operculé à un stade assez avancé (oeil rosé) pour éviter la désintégration de la pupe. Avec un petit outil (peigne à désoperculer), sortir la pupe et évaluer la proportion d’alvéoles infestées. Cet examen peut aussi être réalisé dans le couvain d’ouvrières (le varroa y sera aussi observé si l’infestation est plus avancée).

Carton collant (dépistage en chute naturelle du varroa) Il s’agit de la méthode la plus sensible

Déposer un carton collant recouvert d’un grillage (8 mailles au pouce) sur le plateau de la ruche, ou dans le plateau grillagé anti-varroa si présent, afin de recueillir les varroas qui tombent naturellement pendant 3 à 5 jours. Après ce délai, enlever le carton pour y dénombrer tous les varroas recueillis et établir un taux moyen de varroas tombés par période de 24 heures (nombre total de varroas sur le carton/nombre de jours de dépistage). Le carton doit être aux dimensions du plateau de la ruche.

MOMENT ET TECHNIQUES DE DÉPISTAGE

Méthode du roulement à l’éther

Recueillir environ 200-300 abeilles (1/3 tasse) dans un pot de type Masson; y vaporiser de l’éther et refermer le pot. Après avoir agité vigoureusement pendant 30 secondes, rouler le pot sur lui-même horizontalement. Compter les varroas qui collent sur la paroi.

Méthode du lavage à l’alcool

Prélever environ 1/3 tasse d’abeilles dans un pot contenant de l’alcool éthylique ou isopropylique à 70 % (alcool à friction). Brasser pendant quelques minutes et renverser dans une passoire placée sur un tissu pâle (filtre à miel). La passoire retient les abeilles et les varroas sont recueillis sur le filtre. Compter les abeilles mortes et les varroas et établir le pourcentage d’infestation (nombre de varroas/100 abeilles).

INTERVENTIONS
  • Le dépistage de la varroase à des moments stratégiques est crucial, car il faut connaître le niveau d’infestation pour appliquer les traitements appropriés. Selon le niveau d’infestation détecté et le moment de l’année où le dépistage est effectué, on traitera, s’il y a lieu, avec l’acide formique, l’acide oxalique, le thymol ou des pesticides de synthèse (fluvalinate, coumaphos, amitraze2).
  • Le principe de lutte intégrée est essentiel dans la gestion de la varroase pour éviter que le varroa n’acquière une résistance aux pesticides de synthèse.

1. Se référer à la grille comparative des méthodes de dépistage de la varroase sur le site Apiculture d’Agri-Réseau (www.agrireseau.qc.ca/apiculture/default.aspx) pour le détail de chacune de celles-ci. Le dépistage doit être effectué sur un nombre statistiquement représentatif de ruches dans chaque rucher afin d’évaluer correctement la nécessité d’un traitement.
2. Le lecteur doit s’assurer que l’usage de ce produit est toujours autorisé au moment de lire ces lignes (l’amitraze bénéficiait d’une homologation d’urgence en 2010).

Il est important de rappeler que les niveaux d’intervention recommandés à la figure 10, à la page suivante, sont établis pour des ruches généralement saines pour lesquelles le varroa n’est que le seul facteur pathogène ou de stress évalué. Lorsque d’autres facteurs de stress, maladie ou autres, s’additionnent, ces niveaux d’infestation doivent être revus à la baisse.

Voir aux pages 56 et 57 pour une description sommaire des divers traitements.

Figure 10. Calendrier de contrôle de la varroase

Les options de traitement contre la varroase

L’information présentée dans cette section n’est pas exhaustive. L’utilisateur doit référer aux documents officiels pour la liste complète des conditions d’utilisation de chaque produit (mises en garde, données toxicologiques, etc.).

Acide formique

Figure 11. Exemple de plateau grillagé (APINOVAR) utilisé dans la lutte contre la varroase

Photo: Émile Houle, CRSAD

Acide oxalique

Thymol

Une formulation commerciale est homologuée depuis 2010. Consulter le site suivant pour des informations complètes sur les conditions d’utilisation : http://www.agrireseau.qc.ca/phytoprotection/documents/Thymovar%2029747_abeilles_fr.pdf.

Deux traitements consécutifs de la formulation homologuée au Canada sont recommandés pour la lutte contre le varroa. Toutefois, si les conditions climatiques ne sont pas propices à une application efficace du deuxième traitement en fin de saison, le premier traitement au thymol doit être suivi d’un traitement complémentaire avec l’acide oxalique en novembre (période d’absence de couvain).

Pesticides de synthèse

Le fluvalinate ou le coumaphos doivent être utilisés strictement en suivant les instructions du fabricant sur l’étiquette homologuée. Leur utilisation doit se faire dans le cadre d’une stratégie de lutte intégrée qui suppose, entre autres, l’alternance de ceux-ci au fil des ans. On doit évaluer l’efficacité respective de ces produits contre le varroa avant usage dans un rucher (test de Pettis) puisque le varroa peut développer une résistance face à ceux-ci, notamment à la suite des usages répétés et successifs.

Les mesure générales de biosécurité en apiculture

Il est essentiel d’appliquer un minimum de mesures de biosécurité afin d’empêcher l’introduction et la propagation de maladies contagieuses dans une entreprise apicole. En voici quelques exemples qu’il est recommandé d’appliquer :

Au moment d’écrire ces lignes, l’Agence canadienne d’inspection des aliments s’apprêtait à rédiger un guide sur les normes nationales de biosécurité recommandées pour le secteur apicole. Consulter le site suivant pour plus d’information : www.inspection.gc.ca/animaux/animaux-terrestres/biosecurite/normes-et-principes/fra/1344707905203/1344707981478.